Scènes
d'émeutes
L'onde de choc de la contestation et de la
révolte juvéniles, dont l'épicentre a été Béni-Douala,
c'est propagée à la majorité des localités de
la wilaya de Tizi-Ouzou. Çà et là, des manifestations
de rue et des foyers d'émeutes ont été signalés
depuis mardi passé et se sont poursuivis jusque
dans la matinée de vendredi.
S.
Aït-Mebarek - Tizi-Ouzou (Le Soir) -
Partout, les raisons de la colère sont les mêmes.
Une colère qui a aussi la même cible le pouvoir
et ses représentations institutionnelles. A
Tizi-Rached, commune située à près de 15 km
de Tizi-Ouzou, des manifestations qui ont débuté
dans la matinée de jeudi ont vite dégénéré en
émeutes et en affrontements avec les éléments
de la brigade de la gendarmerie locale qui ripostaient
par des jets de bombes lacrymogènes. Cela n'a
pas empêché les émeutiers, très déterminés,
d'investir l'enceinte même de la brigade de
gendarmerie après avoir démoli l'un de ses murs
d'enceinte. Plus violents, les émeutiers s'en
sont pris à certains édifices publics : le siège
de l'agence BADR, la Recette des impôts ont
été brûlés et l'entrepôt de la Sempac mis à
sac et pillé. Epiphénomène ou rejet systématique
de tout ce qui représente l'Etat et ses appareils
idéologiques et institutionnels, le siège des
permanences locales du RCD, FFS et FLN ainsi
que le bureau d'une association de fils de chahid
ont été ciblés et brûlés par les manifestants
qui criaient des slogans hostiles au pouvoir.
Ouadhias, chef-lieu communal et de daïra, a
vécu ce jeudi sous le coup de la poudre et de
la colère. Des heurts violents ont opposé émeutiers
et gendarmes. L'on a fait état de trois blessés
parmi les manifestants dont l'un a succombé
à ses blessures et un autre se trouve dans un
état comateux. Les émeutes qui ont marqué un
arrêt ce jeudi ont brusquement repris dans la
matinée de vendredi, suite à l'annonce du décès
de l'un des trois manifestants blessés. Toujours
dans la périphérie sud de la wilaya, à Maâtkas,
la violence a atteintson comble. Dans la journée
de jeudi, on a enregistré une dizaine de blessés
parmi les manifestants Les émeutes, qui ont
repris ce vendredi ont causé un mort et quatre
blessés graves parmi les manifestants atteints,
croit-on savoir, par balles. Selon notre correspondant
local, tout a commencé ce jeudi par une marche
de lycéens et de collégiens qui scandaient des
slogans hostiles au pouvoir et favorables à
tamazight. C'est l'apparition des gendarmes
qui a visiblement exacerbé la colère des marcheurs
qui ont attaqué la brigade de gendarmerie à
coups de pierres et de cocktails Molotov. La
situation a dégénéré, et le portail de la brigade
a été défoncé. Des gendarmes anti-émeutes ont
été envoyés en renfort. Toujours au sud de la
wilaya, à Boghni, Draâ El-Mizan, Aït-Yahia Moussa
et Tizi-Ghenif, le même climat d'émeutes a été
vécu ce jeudi. A Boghni, cela s'est soldé par
la mort, par balles, de deux jeunes manifestants
qui s'étaient approchés, selon des témoignages,
d'un établissement hôtelier, appartenant à un
particulier.
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Celui-ci
ayant certainement perdu son self-contrôle, a fait usage
de son arme à feu. Deux
jeunes gens seront atteints et succomberont à leurs
blessures. Le propriétaire et son fils auraient été
interpellés par les services de sécurité. Tizi-Ghenif,
commune de la daïra de Draâ El-Mizan, a été marquée,
ce jeudi, par des troubles. Le correspondant local du
Soir d'Algérie a fait état de plusieurs dégâts occa-sionnés
aux structures urbaines, de la mise à sac du parc communal
où pas moins de quatre bus et six camions ont été endommagés.
Du matériel agricole entreposé dans les locaux de l'ex-CAPCS
a été saccagé, de même que des matériaux de construction
et de travaux publics appartenant à un entrepreneur
privé. A Tizi-Rached, aussi, notre correspondant nous
a signalé deux blessés par balles parmi les manifestants
dont les auteurs ne sont pas identifiés. Après Tizi-Rached,
l'est et le nord de la wilaya ont vécu la même atmosphère
d'émeutes et deface-à-face violents entre manifestants
et forces de l'ordre. Tigzirt, ville côtière du nord
de Tizi-Ouzou, a connu, dès ce jeudi, des troubles qui
ont repris dans la matinée de ce vendredi : barricades
dressées, pneus brûlés. Le siège de la brigade de la
gendarmerie a été pris d'assaut. Les assaillants ont
même envahi l'enceinte de la brigade où deux véhicules
et un générateur électrique ont été endommagés. Les
affrontements qui ont débuté à 12 heures se sont poursuivis
jusqu'à 22 heures ce jeudi. On a déploré plusieurs blessés
légers parmi les manifestants et un autre parmi les
gendarmes. Contrairement à Aïn El-Hammam où les jeunes
manifestants ont mis à sac le tribunal, la ville de
Larbaâ Nath-Irathène a, dès la journée de mercredi,
vécu au rythme des affrontements entre jeunes émeutiers
et gen-darmes. Jusqu'à hier matin, des grappes de jeunes
manifestants continuaient à faire le siège de la brigade
de gendarmerie, entamé dès la fin de l'après-midi de
jeudi, en lançant des pierres. Les émeutiers avaient
envahi l'enceinte de la brigade d'où une riposte musclée
des forces anti-émeutes. On parle de plusieurs blessés
parmi les gendarmes et les manifestants. Selon notre
correspondant local, qui cite des sources hospitalières,
un adolescent de 16 ans a été gravement atteint par
un projectile, probablement une bombe lacrymogène. Irdjène,
commune limitrophe de Larbaâ Nath-Irathène, a connu,
ce jeudi, son lot de marches de troubles. Le siège de
l'APC a été ciblé par les manifestants. A Azazga, ville
en émeute depuis ce jeudi, la situation a dangereusement
dérapé. Les gendarmes et les forces anti-émeutes ont
violemment riposté à coups de grenades lacrymogènes
et en tirant sur la foule avec des balles réelles. Selon
des informations non confirmées, il est déploré la mort
par balles, de quatre manifestants et de trente blessés
dont une dizaine gravement atteints, évacués au CHU
de Tizi-Ouzou. S. A. M.
BEJAIA |