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Jeudi de feu à Tizi

Après plusieurs jours de manifestations en autant de jours, Tizi-Ouzou aura connu jeudi, avant même que la marche à laquelle avait appelé le comité "Justice pour Moumouh Guermah" n'atteigne son but, ses moments les plus tendus depuis le déclenchement des "évènements de Kabylie".

Pourtant, les organisateurs, à la tête desquels on retrouvait les principaux animateurs de la coordination des étudiants de l'université Mouloud-Mammeri, croyaient avoir pris toutes leurs dispositions pour que la manifestation ait lieu dans la sérénité. En effet, les intervenants, lors d'un meeting improvisé à la placette de la bibliothèque centrale du campus de Hasnaoua, apparemment conscients des conséquences d'une telle manifestation, insistaient sur les appels au calme, avant d'être relayés par la mère du défunt Moumouh Guermah à l'issue d'une poignante prise de parole. Malheureusement, les organisateurs, qui avaient fait preuve de volonté pour canaliser les dizaines de milliers de manifestants, n'ont pu les tenir en respect car ces derniers, de toute évidence, n'avaient qu'une seule idée : en découdre avec les forces de l'ordre. Celles-ci, avec la collaboration des étudiants, arrivaient tant bien que mal à parcourir le trajet - qui a duré 1 heure - entre le point de départ de la marche et le carrefour à l'est de l'avenue Abane-Ramdane. Si, jusque-là, tout s'est plus ou moins bien déroulé, quelques dizaines de mètres plusloin, en revanche, l'atmosphère se fera plus tendue. Des dizaines d'adolescents venaient en sens inverse pour entraîner d'autres jeunes et prendre ainsi la tête de la manifestation où s'étaient incrustés Aït Ahmed et Azzi, avant que Ferhat M'henni ne se joigne aux marcheurs. Dès lors que la tête de la manifstation échappait au contrôle du service d'ordre, la sécurité devint très précaire.

Il ne fallait pas plus pour que la situation dégénère un quart d'heure plus tard. La force de persuasion des étu-diants et des éléments de la sûreté de wilaya diminuait au fur et à mesure que les centaines de manifestants qui avaient pris la tête de la procession humaine s'approchaient du rond-point, au coeur de Tizi.
Le premier carré se faisait de plus en plus invisible... Comme on le craignait, l'arrivée des "incontrôlables" aux abords du car-refour, où sont érigés les sièges de la Sûreté de la wilaya et de la cour de jus-tice, donna lieu à des scènes d'une rare violence. Des projectiles, de toutes sortes, provenant des ruelles d'en face, pleuvent sur les CRS. Les forces de l'ordre commencent à enre-gistrer leurs premiers blessés, tandis que les officiers de la sûreté de wilaya, aidés par des étudiants et de dizaines d'autres citoyens, contre la casse, ten-tent de ramener le calme en se frayant des passages entre les camions à eau des CRS. Peine perdue, puisque, entre-temps, les rangs des émeutiers gros-sissent avec l'arrivée des renforts. Des manifestants qui faisaient partie des marcheurs pacifiques largués au centre-ville et que les organisateurs avaient détournés en direction de la wilaya dès le début des hostilités se sont joints aux groupes qui s'acharnaient sur les CRS. Après quelquesminutes de répit et de tentatives d'apaisement des esprits, les échauffourées reprennent de plus belle, et les premiers effets des gaz lacrymogènes les font reculer pour quelques minutes, mais ils reviennent à la charge même s'ils sont moins nombreux. L'assaut contre les forces stationnées à la sortie ouest de la ville ne s'achévera que vers quinze heures. A partir de quatorze heures, le théâtre des hostilités est transféré à l'autre bout du centre de Tizi, là où la marche s'était disloquée trois heures plus tôt, avec, cette fois, l'entrée en action des brigades anti-émeutes de la gendarmerie. Les échanges grenades lacrymogènes - pierres et autres débris s'étaleront jusqu'au quartier des Genêts et aux abords du siège du groupement de la gendarmerie où il a été procédé à plusieurs interpellations. Le face-à-face durera jusqu'aux envi-rons de seize heures, lorsque les gendarmes décident de regagner leurs quartiers pour être relayés par la police afin de circonscrire les derniers foyers des émeutes du côté du stade du 1er-Novembre et du siège de la wilaya. Il ne restait alors aux Tizi-Ouzéens que de constater les dégâts, s'enquérir de la situation prévalant dans les daïras et communes de la wilaya, d'où provenaient les informations les plus alarmistes. Ceci tout en souhaitant que la manifestation, que tient à organiser le FFS malgré tout, ce samedi, ne donne pas lieu aux images désolantes ayant défiguré Tizi-Ouzou. A. M.

 





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Updated Sunday, December 23, 2001 0:50 AM